Kho phi phi

UAND UN TEXTE à caractère fictif est lu par l’intermédiaire d’un
certain type de logiciel, la fiction déborde les limites de ce texte. Il
se crée une situation où le lecteur-utilisateur bascule dans l’espace
fictif qui devait seulement être évoqué et où une part de l’imaginaire du
texte original passe dans la réalité.
Pour illustrer ces premières affirmations à propos de logiciels fondés
sur le principe de la citation, je citerai à mon tournées lignes de Maurice
Blanchot1 :


L’on dit quelquefois que tout auteur écrit en présence de quelque lecteur ou
encore pour être lu. C’est une manière de parler peu réfléchie. Ce qu’il faut dire,
c’est que la part du lecteur, ou ce qui deviendra, une fois l’œuvre faite, pouvoir ou
possibilité de lire, est déjà présente, sous des formes changeantes, dans la genèse
de l’œuvre.
Et il ajoute :
… pour que […] le formateur, le « Commenceur « , atteigne la métamorphose
ultime qui ferait de lui « le lecteur », il faut que l’œuvre achevée lui échappe,
échappe à celui qui la fait, s’achève en l’écartant, s’accomplisse dans cet « écart « 
qui la dessaisit définitivement, écart qui prend précisément alors la forme de la
lecture (et où la lecture prend forme).^
Si Blanchot évoque «la part du lecteur […] dans la genèse de
l’œuvre », on se demandera quelle est la part de l’utilisateur dans la genèse
du logiciel, quelle est la part du logiciel déjà présente dans le texte littéraire
original, quelle place était faite à l’avance aux effets de l’interactivité,
quels mécanismes produisent l’écart qui permet à l’œuvre d’échapper à son
auteur et de prendre « la forme de la lecture »